La rose de noël au cœur du scandale de Nohèdes

photographie rustica.fr

Le 25 septembre 1881, un habitant de Nohèdes dénonce l’abbé de la paroisse auprès du procureur de la République de Prades, pour l’empoisonnement des deux sœurs Fonda. Trois jours plus tard un jeune couple est interpelé par les surveillants du chemin de fer à Prades, car ils se livrent publiquement aux effusions d’un amour passionné.

L’homme, âgé de 28 ans n’est autre que l’abbé Auriol, curé de Nohèdes. Sa compagne, Mademoiselle Alexandrine Vernet, 24 ans, est l’institutrice de la commune. Leur liaison scandaleuse était connue et l’académie avait par ailleurs choisi de déplacer son institutrice. La passion poussa alors le jeune curé à revêtir l’habit civil, et porter une fausse barbe pour rejoindre sa belle dans un hôtel à Perpignan.

Au risque d’être déshérité mais toujours désireux de fuir avec sa maîtresse, le curé demanda à son oncle l’autorisation de renoncer à ses vœux. En attendant, il loge chez deux sœurs relativement fortunées. C’est là qu’il prépara son funeste projet.

Le 1° juillet, l’ainée des deux sœurs alors âgée de 48 ans meurt subitement dans d’horribles souffrances. L’Abbé profite de la faiblesse de la cadette éprouvée par le décès pour lui faire signer un testament le désignant comme légataire. Rose Funda succombe à son tour quelques jours plus tard.

Lors de son arrestation, l’abbé avouera avoir utilisé de la racine d’hellébore pour tuer sa première victime, mais l’autopsie ne décéléra aucune trace de poison laissant planer le doute sur la culpabilité de cet abbé qui s’est entre-temps rétracté.

Le jour de son arrestation, il portait sur lui 11 000 francs provenant de la vente des propriétés des sœurs Funda. Curieusement 5 000 francs disparaitront durant son transfert pour la prison. Les aura-t-il donnés à Alexandrine Vernet ? Personne n’en saura jamais rien, car la jeune femme a disparu. Certains parlent de suicide, d’autres de fuite en Espagne.

En juillet 1882 l’abbé Auriol sera condamné à perpétuité, pour les travaux forcés au bagne de nouvelle Calédonie.

On ignore s’il a profité d’une grâce présidentielle. Le retentissement de cette affaire fut immense, à plusieurs occasions les forces de l’ordre ont dû intervenir pour calmer la foule qui souhaitait la mort du jeune curé amoureux.

Revenons plus joyeusement sur notre Hellébore. Pourquoi est-elle appelée “Rose de Noël” ?
La nuit de la naissance de Jésus-Christ, Madelon, une bergère gardant ses moutons, voit une caravane de bergers et Rois Mages traverser son champ enneigé pour aller offrir leurs cadeaux au nouveau-né. N’ayant rien à offrir, elle se met à pleurer. Un ange voit ses larmes sur la neige, les effleure et fait éclore son cadeau, une fleur blanche ombrée de rose : la rose de Noël.
Symbole de pureté depuis le moyen-âge, on la retrouve souvent dans la crèche.

Jadis, l’Helleborus niger était considéré comme une plante magique associée à la magie noire. Ainsi, une légende rapporte qu’il suffisait de percer l’oreille du bétail qui paraissait empoisonné, d’y glisser un fragment de racine pour que l’animal se rétablisse comme par miracle dans les 24 heures. Depuis l’antiquité, l’hellébore est surtout connue pour ses vertus purgatives, comme l’attestent ces vers extrait du lièvre et la tortue de Jean de la Fontaine. « Ma commère, il vous faut purger, avec quatre grains d’hellébore ».

N’ayant pas retrouvé la recette de l’Abbé, je vous propose de découvrir « le pudding à l’arsenic » les ingrédients étant fournis par les Colocs